La rupture conventionnelle sauve des vies -2ième partie

Rappel du précédent épisode : la Rupture conventionnelle créée comme un licenciement à l’amiable par le législateur a été détournée par ses utilisateurs comme un droit à la démission subventionnée (indemnité de rupture + assurance chômage).


Pourtant cet usage sauve des vies. Pour le comprendre, il faut remonter au film d’Alain RESNAIS « Mon Oncle d’Amérique ». Dans ce film, Alain RESNAIS illustre la vie des personnages par des expériences menées sur le stress par le Docteur Henri LABORIT. Quelles sont ces expériences ?




1ière expérience : admettons que vous mettiez un rat dans une cage séparée en 2 parties par une cloison et une petite ouverture. Le plancher est électrifié de manière intermittente. Avant que le courant électrique passe dans le grillage du plancher d’une des parties, un signal prévient l’animal qui se trouve dans la cage que, quatre secondes après, le courant va passer. Mais il ne sait pas au départ. Il s’en aperçoit vite. Au début, il est inquiet et très rapidement il s’aperçoit qu’il y a une porte ouverte et il passe dans la pièce d’à côté. Au bout de quelques semaines de ce traitement, le rat est en bonne santé, il a le poil brillant, sa pression artérielle est bonne.


2ième expérience : il s’agit de la même expérience sauf que la porte entre les deux parties de la cage est fermée. Le rat est donc pris au piège et n’a pas d’autre choix que de subir. Au bout de quelque temps, il s’inhibe. Son organisme devient fragile (il attrape tous les microbes), sa pression artérielle est très forte, il connait des ulcères, etc.


3ième expérience : même expérience que la deuxième mais on met dans la cage un autre rat avec lequel il peut lutter (bien que la lutte soit complètement inefficace). Quel est le résultat ? Au bout de quelques semaines de cette exposition, le rat est en bonne santé, son poil et brillant est sa santé est très bonne.

Bien que l’homme soit infiniment plus complexe et imprévisible que le rat, ces expérimentations illustrent bien les 3 réponses possibles à un intense mal-être au travail.


1/ ne rien dire et subir. c’est dans cette situation que les personnes sont à mon avis dans un grand danger vis à vis d’elles-mêmes. Je pense que cela peut aussi être un des nombreux facteurs d’explication de certains suicides dans la fonction para-publique (cf la Poste ou France Telecom). En effet, certains salariés se trouvent dans un vécu au travail qu’ils jugent insupportables sans pouvoir le quitter (à cause de la sécurité de l’emploi et des avantages réels ou imaginaires associés à cet emploi). N’ayant pas de porte de sortie, ils s’inhibent et finissent parfois par retourner le mal-être qu’ils ressentent contre leur intégrité physique.


2/ combattre, revendiquer. Il m’est apparu dans mes précédentes expériences, que de nombreux représentants du personnel avaient connu leur vocation suite à une expérience de stress ou de mal-être intense au travail. Devenir représentant du personnel permet de transformer une partie de ce mal-être en une expérience positive : je me bats pour que ce que j’ai vécu n’arrive pas aux autres.


3/ fuir. La troisième réponse est celle de la fuite comme dans l’expérience 1 ci-dessus. Les salariés vont alors essayer de changer de service ou trouver un nouvel emploi dans un autre environnement à l’extérieur. Mais sur le marché du travail actuel, il n’est pas facile (ou trop long) de se repositionner. De même en interne, il ne sera pas facile pour un salarié qui est souvent en échec ou qui montre des signes de démotivationde convaincre un autre manager de le prendre (c’est évidemment le rôle des RH de faire ce travail d’influence et de conviction auprès des managers). Et c’est là qu’intervient la rupture conventionnelle. Elle permet à quelqu’un de sortir de son emploi rapidement avec un filet de sécurité indispensable (Pôle Emploi). Dans cet usage, je suis intimement convaincu que la rupture conventionnelle contribue à éviter des drames dans les entreprises et dans les familles. C’est quelque part la porte qui permet à la personne d’éviter la pénalité et l’état d’inhibition qui dégrade sa santé.


En ayant acquis cette conviction, cela a changé mon regard sur la rupture conventionnelle. Quand un salarié vient me voir pour « exiger » cette « démission subventionnée », je me pose la question : est-ce que nous ne sommes pas dans une situation où une personne se sent prise au piège sans pouvoir en sortir ? Puis-je l’en sortir ? Si non pourquoi ne pas envisager une rupture conventionnelle ?


Et vous qu’en pensez-vous ? Quelle est votre expérience de la rupture conventionnelle ? N’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *